Le
Bikutsi, regard sur un rythme
La signification
La
dérivation « Bi » marque du pluriel et « kut-si
» (frapper le sol) renvoie à la définition du Bikutsi
. il est donc ce dont on se sert pour frapper le sol à fin de le
faire résonner, et la plante du pied est mise à contribution.
Au départ chez le Béti, le chant est de sens féminin.
C’est la femme qui compose et chante pendant que l’homme,
mauvais chanteur, pour enrichir l’action créatrice de la
mélopée par la femme apporte le jeu de l’instrument.
C’est tout compte fait l’association du chant et des instruments
qui créent les premières formes musicales.
Le Bikutsi est un courant musical qui comporte plusieurs variantes.
Il s’agit de l’ Ekan, le Nyëng, le Bol… La différence
entre ces tendances intervient au niveau de la cadence et de la rythmicité.
La génèse
Le
Bikutsi reste la musique emblématique du peuple béti, la
plus enracinée dans son environnement forestier. Chantée
à une époque très ancienne en acapela, cette danse
guerrière ancestrale a été revitalisée dans
les années 60-80 par les sociétés féminines
qui ont donné un contenu satirique et même libertin à
la chose.
A ses origines, les fonctions du Bikutsi sont variées.
-Une
musique de complainte
La femme s’en servait pour répondre à son mari. Elle
y manifestait son mécontentement à travers un cantique et
l’homme était obligé d’écouter les paroles
qui tenaient lieu de contestation.
-Musique de conseil
C’était
un moyen par excellence qui permettait de donner des conseils à
la femme qui allait en mariage. On y composait des chants et pendant le
divertissement la femme pouvait discerner le contenu des paroles.
-Musique
de dénonciation
Pratiquée
pour dénoncer les exactions d’un chef.. Lorsqu’un leader
se comportait mal, sages et initiés se retiraient dans une clairière
et allait exécuter l’élack (forme pamphlétaire,
satirique du BIKUTSI qui incitait la personne à rectifier son attitude
sous peine de s’exposer à des sanctions.
-Musique
thérapeutique
Le
but ici visait à guérir ceux qui étaient angoissés,
attristés par une crise ou un malheur. l’ «Essani »
par excellence continue d’être exécuté chez
le Béti à l’occasion des cérémonies
funèbres.
Il permet à la personne victime du malheur de ne pas se morfondre.
On peut tout aussi bien ajouter au BIKUTSI des fonctions prophétiques,
sociologiques ou idéologiques.
Evolution
Tambours
de bois et xylophones constituaient à l’origine les seuls
instruments d’accompagnement de cette danse frénétique.
Avec la colonisation, cette forme folklorique a été enrichie.
Des novateurs comme Messi Martin et son frère Beti Joseph, Elanga
Maurice et Nkodo Sitony ont su y adapter guitares, cuivres et claviers
électroniques, ouvrant la voie au succès mondial des «
Têtes Brûlées ».
Recyclé par les stars de la pop (Paul Simon) et du jazz (Jean Luc
Ponty), le Bikutsi a bien failli supplanter le Makossa au début
des années 90.
Hélas,
la plupart des lieux où il se jouait (« l’Escalier
», « grenier », « carrousel »…) ont
du fermer(provisoirement ?) victimes de la dévaluation ou de l’insécurité
ambiante.
La nouvelle génération (Bisso Solo, Chantal
Ayissi, Pedro, Dack Janvier …) empruntent toujours au BIKUTSI sa
rythmicité, toutes fois il n’est plus sacralisé. Cette
musique ne répond plus à un besoin religieux, à une
fonction régulatrice de la société, elle est plutôt
ludique.
La tendance prête le flanc au divertissement. On danse, on écoute
moins le texte.
Déviance
Le
pas de danse du Bikutsi n’obéit malheureusement plus aux
règles d’antan. Au sonde chaque instrument traditionnel correspondait
une danse particulière. Aujourd’hui on se laisse aller au
libidineux, à la pornographie frisant une sorte de déviance.
L’autre
problème réside au niveau de la recherche d’un son.
La guitare ne parle pas comme le "nkul ", le "nkëng
" ou "l’ingwambi ". Elle ne peut que raisonner.
Il s’avère donc difficile de produire une sonorité
originellement souhaitée.
Perspectives
A
l’heure de la mondialisation, la culture est un élément
indispensable au village global. Le Bikutsi comme rythme musical conserve
ses chances. Au plan de sa rythmicité, le Bikutsi et ses variantes
n’acceptent pas les interférences d’autres musiques.
Le tempo du Bikutsi est tel qu’il ne peut pas se laisser au ballottage
des rythmes extérieurs, sinon il ne s’appelle plus comme
tel.
On ne peut pas le « ndomboliser » ou le « zouker ».
Il sera toujours le Bikutsi car sa cadence l’impose, il ne pourra
jamais être édulcoré.
L’unique possibilité est qu’on ne pourra qu’enrichir
ses instruments et son rythme qui gardera son originalité.
La voie du Bikutsi est toute tracée.
En
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